Abandonner le projet Zoo-Musée, puisque c’est bien de cela qu’il s’agit malgré les dénégations du Conseil communal, est un signe fort: c’est enlever à la population un bien qu’elle chérit depuis sa création il y a 136 ans, c’est se priver d’un outil pédagogique nécessaire et reconnu, d’un des rares phares faisant rayonner la ville au-delà du canton, et d’une source de revenus non négligeables. Enfin, et surtout, c’est montrer une absence de foi en l’avenir et de dynamisme politique. Sous le dictat de l’austérité, le Conseil communal s’est mué en une machine à économies et a perdu tout bon sens.

Je l’ai dit et répété, je suis conscient que la situation financière de notre ville est catastrophique. Inutile de s’étendre sur les raisons qui l’ont amenée dans cet état critique ni de tenter de désigner des coupables, ce serait pure perte de temps. Mais une situation financière dramatique ne doit pas empêcher de chercher des solutions pour palier aux manques. Et dans le cas qui nous occupe, des solutions existent.
Le Conseil communal a-t-il demandé à l’actuel directeur des institutions zoologiques s’il avait une alternative à l’abandon du projet Zoo-Musée, à son licenciement et à l’économie qu’il représente? Le Conseil communal a-t-il pris le temps de s’asseoir avec les Sociétés d’Amis et la Commission des institutions zoologiques pour leur demander leur avis et pour trouver des solutions ensemble? Le Conseil communal a-t-il eu envie d’en chercher ou a-t-il simplement profité du changement de chef à la tête du dicastère en charge de la culture pour imposer une idée depuis longtemps imaginée? En d’autres termes, est-ce qu’à un moment donné un seul des membres du Conseil communal a eu l’intention de sauver le projet et de garder en poste un chef de service au salaire estimé trop onéreux ou les jeux étaient-ils déjà faits depuis longtemps?
Une vaste consultation populaire sur le projet Zoo-Musée a été menée de main de maître il y a bientôt 2 ans. Près de 3'500 personnes y ont participé: où sont les résultats détaillés? Etaient-ils trop positifs et/ou dérangeants pour que le Conseil communal ne publie que les chiffres de base (provenance, sexe, moyens de locomotion des sondés…)? Quid des coûts relatifs à cette étude, pures pertes et profits? Et finalement, quid du projet Zoo-Musée? Le Conseil communal le connaît-il vraiment? A-t-il conscience qu’il est révolutionnaire, unique en Europe et offrirait un moyen immense de faire rayonner la ville? A-t-il réalisé qu’il sera générateur de recettes? Ne vivons-nous pas justement une crise sans précédent desdites recettes? Se priver d’une source évidente selon les études menées est-il une stratégie pertinente?
Une ville qui perd son attrait va inéluctablement perdre des habitants, des visiteurs, des investisseurs, et au final des revenus. Le serpent qui se mord la queue. Mais cette dynamique peut être enrayée si les politiques qui la gouvernent osent. Osent le pari de l’ouverture et ne se cantonnent ni ne se complaisent dans le repli sur soi. Abandonner le projet Zoo-Musée est une conséquence de cette stratégie de repli sur soi. Une ville labellisée UNESCO qui ferme un musée de cette importance, n’y a-t-il pas là une sorte de collision d’image et une trahison envers sa population?
Le Conseil communal pense-t-il que le MHNC est tombé dans l'oubli depuis sa fermeture au public il y a 2 ans? Absolument pas, comme en témoigne le succès de toutes les activités mises sur pied depuis lors et le soutien démontré via les pétitions récemment lancées. La demande de la population pour un tel lieu est immense et ne pas l’admettre est préoccupant. En outre, quand au début de la crise financière en 2015 tous les projets d’investissement ont été gelés, proposition a été faite au Conseil communal de ré-ouvrir ponctuellement le musée. Comment le Conseil communal parvient-il à justifier son refus sachant que le loyer est dû jusqu'à mi-2018, et que la Société des Amis du MHNC était prête à assurer les permanences bénévolement (donc que des réouvertures n’allaient pas engendrer un surplus de charges)? Garder closes les portes du musée, c’était trahir sa mission, mission dont le Conseil communal est de facto le garant.
Le Conseil communal assure que le musée vivra mais différemment. Comment pense-t-il faire vivre cette institution en supprimant au budget toutes les dépenses liées à la promotion et aux frais de réception? Comment un musée peut-il vivre sans aucun moyen alloué pour faire des acquisitions? Enfin, le Conseil communal est-il sérieux lorsqu’il suggère d’exposer ponctuellement les collections dans des lieux insolites? N’a-t-il pas conscience que de telles collections demandent des conditions non seulement d’entreposage mais aussi d’exposition absolument optimales. Des animaux empaillés ne sont pas des jouets, et, au risque de me répéter, vouloir les sortir de leur dépôt pour les exposer dans des lieux inadaptés c’est un peu comme proposer au Musée international d’horlogerie de présenter ses plus belles pièces lors du Marché de Noël, ou au Musée des beaux arts ses plus beaux tableaux aux Entilles Centre. Il est donc complètement illusoire de penser faire vivre le musée de la manière imaginée par le Conseil communal, illusoire et dangereux pour la pérennité du trésor que représentent les collections.
Il est bon de rappeler ici la richesse inestimable et la prodigieuse valeur scientifique des plus de 100'000 spécimens de la collection. J’imagine que le Conseil communal sait ce qu’est un spécimen type et que chaque année, des scientifiques du monde entier demandent à consulter ceux du MHNC? Quelle réponse sera donnée à de telles demandes à l’avenir?
Enfin, quid du stockage desdites collections? Le Conseil communal envisage de les entreposer dans un bâtiment appartenant à la ville pour éviter de payer un loyer, méritoire stratégie s’il en est. Mais quel bâtiment? Le Conseil communal a-t-il songé aux coûts inhérents à l’adaptation d’un bâtiment lambda en stockage de collections scientifiques? Et les charges qui en découleront, les a-t-il estimées? Ne vaudrait-il pas mieux prévoir un projet pour les exposer? Et donc les rentabiliser? Ne vaudrait-il pas mieux marcher main dans la main avec tous les acteurs du projet Zoo-Musée et ensemble chercher des solutions à son financement? Des alternatives crédibles à un financement public existent mais doivent évidemment être approfondies et étudiées. Enterrer le projet, c’est la meilleure façon de ne pas travailler ces options et de stopper la magnifique dynamique que représente le projet Zoo-Musée validé avec enthousiasme par le Conseil Communal au printemps 2014.
Après plus de 9 ans de très bons et loyaux services (la couverture médiatique qui a permis à la ville de faire parler d’elle positivement est en la preuve), les prérogatives de direction de l’actuel conservateur du MHNC lui ont été retirées avec une célérité telle qu’on ne peut que se demander quelle faute exceptionnellement grave il a pu commettre pour mériter cela. Que peut donc dire le Conseil communal à ce propos? Que reproche-t-il à M. Maeder pour lui interdire l’accès à son bureau à la fin de cette année? Que craint le Conseil communal pour proposer à M. Maeder de rester chez lui sans travailler jusqu’au bout de son contrat? Payer quelqu’un dans le vide pendant 7 mois, alors qu’il est motivé à poursuivre ses tâches, est-il digne d’une commune qui est sans le sou? Et appliquer des méthodes du secteur privé pour se passer d’un chef de service est-il digne du secteur public et d’un gouvernement qui œuvre pour l’intérêt de sa population?
Dans le conflit larvé entre le Conseil communal et HNe, j’ai trouvé absolument cocasse de lire « …Il note néanmoins que toute personne, quelle qu'elle soit, doit préserver, à l'égard des institutions et des magistrats en place, le respect qui est le fondement de la démocratie et le garant de son sain fonctionnement, où l'ostracisme n'a pas sa place. » Le Conseil communal fait-il preuve de respect envers le conservateur en le traitant de la sorte? Et envers sa population qui ne l’a pas élu pour creuser une tombe à la ville, mais pour épuiser toutes les solutions imaginables pour la développer avant d’éventuellement renoncer?
Le Conseil communal a-t-il seulement songé à proposer à M. Maeder une diminution de son temps de travail, donc de son coût annuel? Le Conseil communal a-t-il pensé à approcher les Sociétés d’Amis pour savoir si elles pouvaient envisager prendre en charge tout ou partie du salaire de M. Maeder en échange de l’assurance que le projet Zoo-Musée ne soit pas abandonné? Evidemment que non puisqu’abandonner ce projet découle visiblement d’une stratégie pensée depuis fort longtemps décidée et communiquée dans l’urgence sans consultation aucune.
Enfin, est-ce normal que les politiques se substituent aux chefs de service comme c’est déjà le cas avec le service économique et sera le cas avec les institutions zoologiques? Est-ce le rôle des conseillères et conseillers communaux de faire de l’opérationnel? Et quid de la forte diminution des forces et des compétences scientifiques, zoologiques et muséales ?
Absence de volonté de recherche de compromis et de collaboration avec les acteurs impliqués, communication minimaliste dénuée de toute transparence, décisions couperets dignes des multinationales, incohérences répétés sur l’avenir du MHNC entre les mesures décidées et la stratégie utilisée: oui, le MHNC est clairement une institution en danger tant son avenir semble compromis.
Par conséquent, je vous demande instamment, Mesdames, Messieurs les conseillères et conseillers généraux, de refuser le budget 2017 ou à tout le moins de l’amender pour la partie fonctionnement du MNHC, et d’obtenir du Conseil communal qu’il réponde en toute transparence à toutes les questions posées ici, soulevées dans les différents courriers qui lui ont été envoyés et restées sans réponse, celles qui comme membre du législatif vous avez certainement au bout de la langue et celles qui pourraient naître lors du débat.
Des solutions d’économies ou des alternatives au licenciement du directeur de l’institution existent, et lui donner mandat de réunir le financement du projet n’est pas une exigence irréalisable. Créer une fondation qui chapeauterait l’ensemble du projet (dont sa source de financement) en laissant à la ville l’unique soin de régler les salaires des employés me paraît absolument réalisable. A tout le moins tant que nous n’avons pas eu la preuve du contraire. Et je crois que c’est cela qui m’interpelle le plus ici: le fait que le Conseil communal abandonne le projet Zoo-Musée avant même d’avoir épuisé toutes les pistes pouvant conduire à sa réalisation. Je crains que ce démantèlement ne soit que le début, et qu’à terme, toujours justifié par des mesures d’économies, la situation de la ville n’allant pas miraculeusement s’améliorer, le Zoo du Bois du Petit-Château ne soit transformé en un simple parc urbain où s’ébattront deux chèvres et trois canards. Le Conseil communal jure sur ses grands dieux qu’il n’en sera rien, mais la succession d’incohérences dans ses propos sur l’avenir du musée questionne sur sa volonté de de sauver ce qui doit l’être.

 

En effet, quand le Conseil communal prétend que le « …concept n’est pas mort… », alors il doit garantir que zoo et musée soient associés en une seule structure, base du concept justement, et que leurs missions respectives soient garanties (conservation, pédagogie, loisirs, valorisation scientifique…). Or, en mettant au rebut le MHNC, le Conseil communal prévient l’existence même du concept et annihile toute possibilité d’en assurer la mission. Le faire n’est par ailleurs pas qu’une question de moyens, le directeur et les employés des Institutions zoologiques l’ont largement prouvé pendant 9 ans.
Voulez-vous vraiment être la génération du Conseil général à avoir accepté la disparition ad aeternam du MHNC ? Il sera en effet très difficile voire impossible à vos successeurs de revenir sur cet enterrement lorsque les collections auront sombré dans l’oubli d’un stockage inadéquat.
En espérant que vous ferez bon accueil à ma missive et à mes demandes, qui sont loin de représenter un avis isolé, je vous envoie, Mesdames, Messieurs les conseillères et conseillers généraux, mes meilleures salutations.

Loïc Degen